9.1.08

Wannabe

C'est un texte qui a été écrit pour la dernière édition du magazine Urbania sur la célébrité, il a été coupé à la dernière minute... Bonne lecture!



Connaissez-vous Isabelle Ménard? Pour les amateurs de porno, je ne suis pas l’actrice de catégorie B qui porte des étoiles sur ses seins. Non. Je suis l’ex «tête nucléaire», spécialiste des tendances à l’émission Têtes@Kat de Radio-Canada, ma première expérience télé depuis les quarts de finale du concours «Devenez comédien de Watatatow». Dès l’instant où j’ai signé mon contrat, j’ai su que ça y était : j’allais enfin prendre ma revanche sur Véronique Bannon et devenir moi aussi une grande star du petit écran.

Je me souviens des quelques mois qui ont précédé la première diffusion de l’émission. Je savourais mes dernières secondes d’anonymat en sortant de mon logement rue Marquette, sans verres fumés, avant d’être dérangée par des foules d’admirateurs. Je prévoyais me procurer une paire de lunettes Gucci, pour bien me fondre parmi la faune en vogue du Plateau…

Je me voyais déjà devant le micro jaune pour commenter ma robe Valentino sur le tapis rouge du gala Artis. Je me disais qu’on allait me payer des milliers de dollars pour que je me présente 20 minutes à l’ouverture des nouveaux clubs branchés ou comme porte-parole dans des publicités d’alcool au Japon.

J’imaginais les titres percutants au-dessus de mon visage à la une des magazines :
«Le couple de l’heure: Louis-Josabelle!»
«I’m tired of L.A. »
«Elle adopte un quatrième enfant défavorisé»

Claude Legault viendrait enfin vers moi, me suppliant de passer une soirée dans mes bras…

Bref, je serais une célébrité.

Je me suis présentée au lancement de la saison automnale de Radio-Canada, plus prête que jamais à rencontrer les journalistes. Je me promenais parmi les médias, souriante et disposée à répondre à toutes leurs questions. J’aurais émis une opinion sur n’importe quel sujet, même sur les conflits aux Moyen-Orient tellement j’avais envie de leur parler.

Il ne s’est rien passé.

Treize minutes après ma première apparition à l’émission, je suis descendue sur l’avenue Mont-Royal pour constater mon nouveau statut. J’ai pris soin d’éteindre mon cellulaire pour ne pas être tenté de dire «oui» trop vite à toutes les offres qu’on allait me proposer dans les prochaines heures. Je me suis assise sur la terrasse des Folies avec plusieurs mannequins commerciaux et des acteurs de publicité. Étonnement, personne ne m’a adressé la parole. Probablement par gêne.

J’ai même dû payer mon verre.

De retour chez moi, j’ai contacté ma compagnie de téléphone pour m’assurer qu’il n’y avait pas une panne dans le réseau. Ma boîte vocale demeurait étrangement vide.


À l’époque, j’essayais de me procurer le fameux laissez-passer «VIP» du Diable Vert, réservé à l’élite montréalaise. Mes démarches demeuraient sans succès. Mais grâce à mon nouveau rang social, je croyais que ça serait dans la poche. Mais non. Il aura fallu que j’entre avec Katerine-Lune Rollet, Christopher Hall et Stéphane Fallu (beaucoup plus connus que moi, mais pas tant que ça) pour que, par magie, les cartes «VIP» pleuvent derrière le bar. Mon égo venait d’être écrasé par une grue.

J’étais une vraie nobody.

Même si j’apparaissais à la télévision toutes les semaines depuis quatre mois, j’étais loin d’avoir ma face sur l’un des panneaux publicitaires géants dans la cours de Radio-Canada.


Je n’ai même pas été retenue pour la deuxième saison de Têtes @ Kat.


Quelques mois plus tard, on m’a engagé pour une journée thématique dans une école primaire. Je personnalisais le lutin Atchou, habillé de leggings vert et rouge moulants, de bas ornés de jolies clochettes et d’un chapeau rappelant vaguement une pieuvre. Nous étions très loin d’un cas de sexy back.

Et c’est là que, quelques secondes après une fausse crise d’éternuement, l’une des éducatrices m’a reconnue. J’ai tout fait pour le nier, prétextant que tout le monde me prenait pour Élizabeth Hurley et que je lui ressemble vaguement de côté. Rien à faire. Elle ne voulait rien entendre. Convaincue de m’avoir déjà vue à la télévision, elle a alors raconté aux élèves, en me pointant du doigt, que j’étais une vedette. D’un seul coup, elle avait démoli toute la magie de Noël de l’activité.

Certains diront que c’était flatteur, même si ça faisait huit mois que l’on m’avait remercié… Pas moi. Personne ne veut être reconnu quand il est habillé en lutin. L’expérience est aussi désagréable que surprendre son père en talons hauts qui se maquille devant un miroir.

Cette aventure m’a cruellement ramenée sur terre. J’ai compris que ce n’était pas simple d’être une vedette. Et encore pire d’être une wannabe.

Disons que c’est le genre d’expérience qui replace l’égo dans le bon sens.

9 commentaires:

Mathieu a dit…

Excellent texte, on passe par toute la gamme des émotions en le lisant. Et c'est qui le taouin qui a coupé ça chez Urbania pour le remplacer par une pub full-page du Groupe Qualinet?

hein?

En tout cas si jamais tu publies une auto-biographie lorsque tu seras devenue une has-been, ben ça va me faire plaisir d'aller te la faire signée au salon du livre 2057 de New-Montreal.

dean a dit…

Dommage qu'il a été coupé. J'adore ton texte. :)

L'image est forte de toi en lutin... ;)

lapinblanc a dit…

Spécialiste tendance!? Uh oh... T'avise jamais de m'analyser surtout... ;-)

Le wannabe a dit…

Excelent texte en effet. Qui dois pas mal reflêter la réalité.

C'est vrai que ça doit être plus long qu'on pense être reconnu.

J'espère me servir de ton expérience :)

pascal a dit…

Remarque, tu aurais pu te retrouver employée à la nouvelle cafétéria de Radio-Canada à défaut de tenir la tête d'affiche sur le grand panneau au coin de Papineau/René-Lévesque. Peut-être que là, je t'aurais reconnu plus vite. ;-)

PrincesseCharlie a dit…

J'adore ce texte, vraiment!! C'est très imagé, hihi

Mademoiselle Je a dit…

Héhé...
@Mathieu:
Disons qu'ils se sont bien excusés... Et mais-en mon gars, mais ça ne sera plus des signatures, mais des appreintes digitales parce que la chirurgie va permettre l'apparition de trop de clônes... Ça va être weird en 2057, je vais avoir 76 ans.

@Dean:
C'était magnifique comme journée, je délirais...

@Lapin blanc:
Ne t'en fait pas, je n'étais pas une méchante chroniqueuse. C'est pour ça que j'ai été remplacé par une asiatique, plus jeune qui a ensuite joué une des bitchs dans le film À vos marques, party!

@Le wannabe:
C'est quelque chose. Ça fait mal sur le cou, après c'est fini. La semaine dernière il y a quelqu'un qui m'a parlé de Têtes @ Kat! Presque 5 ans plus tard, on fini juste par être heureux d'avoir ce genre d'expérience.

@Pascal:
Ou gardienne de sécurité, pour ouvrir les locaux. On se serait croisé pleins de fois! Je vais y penser, si jamais mon show ne marche pas en mai!

@Princessecharlie:
Merci! Ça me fait plaisir!

I

lapinblanc a dit…

Mwais, mais j'aime ça les Bitches moi... :)

Le JP d'amérique a dit…

Je souhaite ardemment, comme bon nombre de tes lecteurs, j'en suis asuré, voir une photo de ce petit lutin dont tu parles dans ton texte...

En ce qui concerne Katherine-Lune, elle est juste bonne à mâcher de la gomme dans Watatatow. Ho! Tiens... Pourquoi ne pas auditionné pour devenir la troisième Virginie de l'émission du même nom. Ça serait plus drôle (non!?) et tu serais enfin célèbre.